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24/02/2017

Des aiguilles sous les ongles

« Puis elle lui raconta son rêve : ils étaient tous les deux quelque part avec Sabina. Dans une chambre immense. Il y avait un lit au milieu, on aurait dit la scène d’un théâtre. Tomas lui ordonna de rester dans un coin et il fit l’amour devant elle avec Sabina. Elle regardait, et ce spectacle lui causait une souffrance insupportable. Pour étouffer la douleur de l’âme sous la douleur physique, elle s’enfonçait des aiguilles sous les ongles. « Ça faisait atrocement mal ! » dit-elle, serrant les poings comme si ses mains avaient été réellement meurtries.
Il la prit dans ses bras et lentement (elle n’en finissait pas de trembler) elle s’endormit dans son étreinte. »

Extrait de Milan Kundera, L'Insoutenable Légèreté De L'être.

05/02/2017

Be bold

Essayer d'écrire en respectant cette maxime d'Anne Rice :

"There is no good reason at all to aim for safety, moderation, predictability or conformity in the world of fiction writing."

 

S'adressant aux People of the Page, ses fans sur Facebook qui ont même droit à une dédicace en ouverture de son dernier roman.

 

11/07/2015

San Francisco réelle et imaginaire dans les Légendes du Manoir

Pour ceux qui ont lu Légendes du Manoir, je vous propose une petite visite de San Francisco sur les pas de Pauline et Pierre... en démêlant le vrai du faux !

Greenwich Street

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La rue où habitent Pierre et Pauline, surplombée par Coit Tower.

 

Promenade de North Beach à Union Square

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Le premier soir de leur arrivée, en plein décalage horaire, Pierre et Pauline passent devant la librairie City Lights, puis à Chinatown pour aller manger dans un Diner du côté d'Union Square.

 

Japanese Tea Garden, Golden Gate Park

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Situé tout près du De Young Museum, ce petit jardin est l'endroit où Pauline se retrouve seule pour la première fois, face à elle-même... et à sa liberté !

 

Castro, siège de la société de Janus

Castro est le quartier gay de San Francisco, bien réel... tout comme la Société de Janus. Par contre y a-t-elle son siège ? En a-t-elle seulement un ? En tout cas pas à ma connaissance !

 

Munch au Thirsty Bear, Folsom Street

Le Thirsty Bear est un bar près de Folsom street, la rue où se déroule la fameuse "Folsom street Fair" de San Francisco. Les munchs organisés par la Société de Janus y ont bel et bien lieu, chaque 2e samedi du mois.

 

Club "The Dungeon" à Castro

Désolée mais celui-ci est un pur produit de mon imagination.

 

Carmel by the Sea

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Pierre et Pauline devront parcourir 150 km vers le Sud pour se réconcilier sur la plage de Carmel... Un village au charme kitsch américain typique !

 

La maison de Steve Mark dans les vignes

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Encore un pur produit de mon imagination. Pur ? Peut-être pas tout à fait... (il se peut que je me sois un rien inspirée de cet épisode de la série The Mentalist)

 

 Ocean Beach

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Un rendez-vous sur la plage pour se raconter des histoires : c'est sur Ocean Beach, à l'Ouest de Golden Gate Park, que Milo donne rendez-vous à nos amis par un dimanche après-midi ensoleillé.

 

Bon et pour finir, je sens que comme Pauline, vous allez protester si je ne vous dégotte pas une belle photo bien "tarte à la crème" du Golden Gate bridge...

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30/05/2015

Ce qu'on attend de la romance érotique

Je ne peux que me réjouir du plaisir que m'ont fait plusieurs lectrices des Légendes du Manoir en publiant leur avis sur leur blog, que celui-ci soit positif ou négatif. Toutefois je dois dire que certaines de ces critiques m'ont amenée à me poser des questions. Je me souviens que quand j'ai écrit Le Manoir, j'essayais de faire œuvre de vraisemblance mais seulement jusqu'à un certain point. Pour moi, ce texte était un conte pornographique ; on n'attend pas des contes qu'ils revêtent les atours de la vérité, et s'agissant de la pornographie, on l'attend encore moins.

 

J'ai abordé la rédaction des Légendes du Manoir avec le même mélange de précision historique dans la relation des aventures de la famille Andringer et la même liberté à l'égard de la notion de "vrai". J'ai parfaitement conscience qu'il y a dans ce roman des choses impossibles (vous avez déjà essayé d'aller vivre deux ans aux États-Unis sans travail et sans visa ?) mais en fait... je m'en fous. Le but, c'est d'abord le plaisir.

Je suis continuellement étonnée de voir que les lecteurs et surtout lectrices interprètent et jugent de manière totalement littérale les scènes de sexe et les séances SM qui constituent la colonne vertébrale de ces deux romans. Elles donnent l'impression de filtrer constamment le texte à l'aune de ce qu'elles aiment faire ou se sentent prêtes à faire en matière de sexe, elles s'identifient à Pauline sans le moindre recul et souvent, ont du mal à accepter qu'elles ont aimé le roman alors qu'elles ne se projettent pas dans une sexualité aussi violente.

Je suppose qu'il faut y voir le "contrat de lecture" de la romance érotique. Si vous lisez un polar ou un thriller, vous acceptez que des gens vont mourir de façon atroce entre ces pages que vous prendrez pourtant du plaisir à lire, mais cela ne fait pas de vous un pervers ou de l'auteur un dérangé. Il y aurait donc dans la romance érotique un contrat implicite entre auteur et lecteur qui stipule que seuls peuvent donner du plaisir au lecteur les épisodes que celui-ci serait prêt à expérimenter en club le samedi soir...

 

Si c'est le cas, alors c'est là que se situe pour moi la frontière entre la "romance érotique" et la "littérature pornographique". Ce n'est pas une question de langage cru ou de savoir si cela raconte une histoire. J'en discutais récemment avec Franck, mon éditeur : pour lui la différence repose dans le fait de savoir si le sexe est au centre du récit. Mais j'irais plus loin : la littérature pornographique, jusqu'à récemment, ne s'est jamais encombrée de vraisemblance. Elle s'autorise toutes les folies, ce qui n'a jamais diminué sa qualité ou sa puissance évocatrice.

Il faut lire Sade, Florence Dugas, Pauline Réage. Il faut lire l'Histoire de l'œil de Georges Bataille et les Onze Mille Verges d'Apollinaire - je vous recommande la scène du pal. Il faut lire Anaïs Nin - dont l'une des nouvelles que je lisais l'autre jour raconte l'histoire d'un père emprisonnant ses propres filles pour pouvoir les violer chaque nuit. Je me souviens d'avoir lu quand j'étais adolescente l'histoire d'une femme perdue sur une île déserte qui copulait avec des singes... Et dans le genre malsain, je citerai également l'excellent Train 8427 en provenance de Genève de Jeanne Sialelli. À côté de toutes ces histoires, les pires scènes des Légendes du Manoir font figure d'une promenade de santé dans un jardin de roses.

Alors oui, on est parfois partagé entre plaisir et dégoût, entre excitation et horreur. Mais ce n'est pas une romance érotique ; on ne demande pas au lecteur de supposer que c'est réel ou que cela va lui arriver demain. La sécurité, la légalité et la vraisemblance n'ont pas plus de place entre ces pages que l'auteur ne veut bien leur en donner. Et c'est pour cela que la pornographie a été si longtemps, en littérature, synonyme de liberté.

08/01/2013

Dernière de cordée

Les disciplines à corde (bondage, shibari) ne font pas vraiment partie de mes fantasmes. Elles appartiennent à mes yeux à une esthétique du grotesque déformant les corps, et sans doute pour cette raison, ne m'inspirent à l'origine qu'une vague curiosité liée à leur omniprésence dans l'univers du BDSM.

Dans Le Manoir, au-delà de ce qui est nécessaire pour empêcher ces demoiselles (ou ces damoiseaux) de se dérober, il n'y a donc qu'une seule scène de ce genre, rapidement esquissée d'après ce que j'avais pu lire ou voir en photo de cette pratique :

"(...) nous débouchions dans une salle voûtée, tout en longueur et faiblement éclairée. On y trouvait quelques tables, un comptoir plus petit que celui de la pièce du haut, et une espèce d'estrade appuyée contre le mur de pierre. Sur celle-ci, un couple était en train de se prêter à un exercice délicat de bondage : la femme était installée dans une position improbable, les jambes écartées et levées, les mains attachées entre les jambes ; l'homme tourbillonnait autour d'elle, dessinant sur son corps des formes géographiques élégantes avec une corde blanche et lisse, toute en contraste sur sa peau bronzée. Je ne suis pas une adepte de ce genre de pratique, mais je dois reconnaître que c'était joli. Un petit nombre de spectateurs épars observait la scène avec des hochements de tête et des murmures d'approbation."

Si je devais réécrire cette scène aujourd'hui, je ne pense pas que je placerais dans la bouche de Pauline le qualificatif "joli". J'ai eu la chance, lors du deuxième festival du livre érotique à Evian, d'assister à la prestation d'Antoine Savalski, avec Marla pour complice. Je me suis sentie aussi hypnotisée et fascinée que sensible à l'esthétique de la chose. Répétant l'expérience récemment lors d'une "Soirée de l'étrange" à la Cantada, c'est cette fois Docvale et Tyka que j'ai eu l'occasion d'admirer, avec la même émotion.

Contre toute attente, ce qu'on pourrait imaginer être une pratique de l'immobilisation et de la contrainte se révèle, quand on y assiste "en vrai", être plutôt un art du mouvement et de la virtuosité.  Pour qui ne les a jamais vues en train de se construire, les compositions complexes qui en résultent perdent une partie de leur âme.

Par ailleurs, il y a quelque chose dans cette discipline qui relève de la performance sportive ; il suffit de voir l'agilité, la concentration que cela demande, la sueur qui perle sur les visages. On devine la force physique nécessaire pour accomplir ces prouesses (ou les endurer). En cela, je le rattache volontiers à l'un des leitmotivs du SM qui est le dépassement de soi sur le plan physique autant que psychologique, conduisant de fait souvent à un rapprochement avec le sport (d'ailleurs à mes yeux les sportifs sont de grands masochistes ; ou en tout cas, ils ont un contrat avec la douleur tout à fait passionnant).

On dit qu'un artiste est quelqu'un qui est capable de réaliser un tour de force tout en donnant aux spectateurs une parfaite illusion de naturel et d'apparente facilité. C'est vrai pour la danse, c'est vrai pour l'écriture, et c'est vrai aussi pour le shibari ce qui tendrait à me faire le considérer comme un art.

Il reste quand même une question vitale : quelle place pour l'érotisme là-dedans ? En ce qui me concerne, je ne suis pas sûre de la réponse... peut-être trop de distanciation et de technicité pour atteindre le niveau d'abandon nécessaire à mon goût.