UA-63585768-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/05/2015

Ce qu'on attend de la romance érotique

Je ne peux que me réjouir du plaisir que m'ont fait plusieurs lectrices des Légendes du Manoir en publiant leur avis sur leur blog, que celui-ci soit positif ou négatif. Toutefois je dois dire que certaines de ces critiques m'ont amenée à me poser des questions. Je me souviens que quand j'ai écrit Le Manoir, j'essayais de faire œuvre de vraisemblance mais seulement jusqu'à un certain point. Pour moi, ce texte était un conte pornographique ; on n'attend pas des contes qu'ils revêtent les atours de la vérité, et s'agissant de la pornographie, on l'attend encore moins.

 

J'ai abordé la rédaction des Légendes du Manoir avec le même mélange de précision historique dans la relation des aventures de la famille Andringer et la même liberté à l'égard de la notion de "vrai". J'ai parfaitement conscience qu'il y a dans ce roman des choses impossibles (vous avez déjà essayé d'aller vivre deux ans aux États-Unis sans travail et sans visa ?) mais en fait... je m'en fous. Le but, c'est d'abord le plaisir.

Je suis continuellement étonnée de voir que les lecteurs et surtout lectrices interprètent et jugent de manière totalement littérale les scènes de sexe et les séances SM qui constituent la colonne vertébrale de ces deux romans. Elles donnent l'impression de filtrer constamment le texte à l'aune de ce qu'elles aiment faire ou se sentent prêtes à faire en matière de sexe, elles s'identifient à Pauline sans le moindre recul et souvent, ont du mal à accepter qu'elles ont aimé le roman alors qu'elles ne se projettent pas dans une sexualité aussi violente.

Je suppose qu'il faut y voir le "contrat de lecture" de la romance érotique. Si vous lisez un polar ou un thriller, vous acceptez que des gens vont mourir de façon atroce entre ces pages que vous prendrez pourtant du plaisir à lire, mais cela ne fait pas de vous un pervers ou de l'auteur un dérangé. Il y aurait donc dans la romance érotique un contrat implicite entre auteur et lecteur qui stipule que seuls peuvent donner du plaisir au lecteur les épisodes que celui-ci serait prêt à expérimenter en club le samedi soir...

 

Si c'est le cas, alors c'est là que se situe pour moi la frontière entre la "romance érotique" et la "littérature pornographique". Ce n'est pas une question de langage cru ou de savoir si cela raconte une histoire. J'en discutais récemment avec Franck, mon éditeur : pour lui la différence repose dans le fait de savoir si le sexe est au centre du récit. Mais j'irais plus loin : la littérature pornographique, jusqu'à récemment, ne s'est jamais encombrée de vraisemblance. Elle s'autorise toutes les folies, ce qui n'a jamais diminué sa qualité ou sa puissance évocatrice.

Il faut lire Sade, Florence Dugas, Pauline Réage. Il faut lire l'Histoire de l'œil de Georges Bataille et les Onze Mille Verges d'Apollinaire - je vous recommande la scène du pal. Il faut lire Anaïs Nin - dont l'une des nouvelles que je lisais l'autre jour raconte l'histoire d'un père emprisonnant ses propres filles pour pouvoir les violer chaque nuit. Je me souviens d'avoir lu quand j'étais adolescente l'histoire d'une femme perdue sur une île déserte qui copulait avec des singes... Et dans le genre malsain, je citerai également l'excellent Train 8427 en provenance de Genève de Jeanne Sialelli. À côté de toutes ces histoires, les pires scènes des Légendes du Manoir font figure d'une promenade de santé dans un jardin de roses.

Alors oui, on est parfois partagé entre plaisir et dégoût, entre excitation et horreur. Mais ce n'est pas une romance érotique ; on ne demande pas au lecteur de supposer que c'est réel ou que cela va lui arriver demain. La sécurité, la légalité et la vraisemblance n'ont pas plus de place entre ces pages que l'auteur ne veut bien leur en donner. Et c'est pour cela que la pornographie a été si longtemps, en littérature, synonyme de liberté.

09/05/2015

Légendes du Manoir

couv-legendes-petit.jpgLa semaine prochaine arrive enfin un événement que j'attendais depuis plusieurs années : mon roman Légendes du Manoir sort en librairie.

 

J'ai écrit ce livre en 2012 alors que le Manoir, mon premier roman, était déjà paru. Au départ, il ne devait pas y avoir de suite. Pour moi, le Manoir était un conte et les contes n'ont pas de suite : "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants", c'est ainsi que l'histoire est censée  se terminer ; le reste n'est que peine et langueur, n'est-ce pas ?

 

Pourtant, nombreux ont été les lecteurs qui me demandaient ce qu'il y avait après le Manoir. J'ai longtemps refusé de me poser la question, jusqu'au jour où mes personnages me manquaient tellement qu'il m'est devenu impossible de résister à l'envie de les ressusciter. Ils m'étaient si intimes qu'il m'a suffi d'un souffle pour les réveiller.

 

J'ai alors entrouvert toutes ces portes laissées ouvertes dans le Manoir sur des pièces mystérieuses qu'on rêve de revenir visiter, souffler sur la poussière, déterrer d'autres secrets. J'ai eu envie de raconter ces histoires, ces légendes qui pour certaines étaient présentes dans mon esprit depuis le début, pour d'autres se sont révélées sous ma plume.

 

Légendes du Manoir est un roman qui se "tient" au sens où il peut être lu indépendamment du Manoir. Cependant, je conseillerais vivement aux lecteurs de commencer par le Manoir. D'abord, parce qu'ils se priveraient de nombreux aspects essentiels, sinon pour comprendre l'histoire, du moins pour l'apprécier pleinement. Ensuite, parce que le Manoir a volontairement été écrit comme un accompagnement pour entrer pas à pas dans l'univers du BDSM et lire les Légendes directement revient à se priver de cette progression. Bien sûr cela ne posera pas de problème aux lecteurs avertis !

 

Malheureusement, aucune réédition papier du Manoir n'est prévue pour le moment, il faut donc se rabattre sur la version numérique. Un extrait des Légendes du Manoir est disponible ici.