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30/05/2015

Ce qu'on attend de la romance érotique

Je ne peux que me réjouir du plaisir que m'ont fait plusieurs lectrices des Légendes du Manoir en publiant leur avis sur leur blog, que celui-ci soit positif ou négatif. Toutefois je dois dire que certaines de ces critiques m'ont amenée à me poser des questions. Je me souviens que quand j'ai écrit Le Manoir, j'essayais de faire œuvre de vraisemblance mais seulement jusqu'à un certain point. Pour moi, ce texte était un conte pornographique ; on n'attend pas des contes qu'ils revêtent les atours de la vérité, et s'agissant de la pornographie, on l'attend encore moins.

 

J'ai abordé la rédaction des Légendes du Manoir avec le même mélange de précision historique dans la relation des aventures de la famille Andringer et la même liberté à l'égard de la notion de "vrai". J'ai parfaitement conscience qu'il y a dans ce roman des choses impossibles (vous avez déjà essayé d'aller vivre deux ans aux États-Unis sans travail et sans visa ?) mais en fait... je m'en fous. Le but, c'est d'abord le plaisir.

Je suis continuellement étonnée de voir que les lecteurs et surtout lectrices interprètent et jugent de manière totalement littérale les scènes de sexe et les séances SM qui constituent la colonne vertébrale de ces deux romans. Elles donnent l'impression de filtrer constamment le texte à l'aune de ce qu'elles aiment faire ou se sentent prêtes à faire en matière de sexe, elles s'identifient à Pauline sans le moindre recul et souvent, ont du mal à accepter qu'elles ont aimé le roman alors qu'elles ne se projettent pas dans une sexualité aussi violente.

Je suppose qu'il faut y voir le "contrat de lecture" de la romance érotique. Si vous lisez un polar ou un thriller, vous acceptez que des gens vont mourir de façon atroce entre ces pages que vous prendrez pourtant du plaisir à lire, mais cela ne fait pas de vous un pervers ou de l'auteur un dérangé. Il y aurait donc dans la romance érotique un contrat implicite entre auteur et lecteur qui stipule que seuls peuvent donner du plaisir au lecteur les épisodes que celui-ci serait prêt à expérimenter en club le samedi soir...

 

Si c'est le cas, alors c'est là que se situe pour moi la frontière entre la "romance érotique" et la "littérature pornographique". Ce n'est pas une question de langage cru ou de savoir si cela raconte une histoire. J'en discutais récemment avec Franck, mon éditeur : pour lui la différence repose dans le fait de savoir si le sexe est au centre du récit. Mais j'irais plus loin : la littérature pornographique, jusqu'à récemment, ne s'est jamais encombrée de vraisemblance. Elle s'autorise toutes les folies, ce qui n'a jamais diminué sa qualité ou sa puissance évocatrice.

Il faut lire Sade, Florence Dugas, Pauline Réage. Il faut lire l'Histoire de l'œil de Georges Bataille et les Onze Mille Verges d'Apollinaire - je vous recommande la scène du pal. Il faut lire Anaïs Nin - dont l'une des nouvelles que je lisais l'autre jour raconte l'histoire d'un père emprisonnant ses propres filles pour pouvoir les violer chaque nuit. Je me souviens d'avoir lu quand j'étais adolescente l'histoire d'une femme perdue sur une île déserte qui copulait avec des singes... Et dans le genre malsain, je citerai également l'excellent Train 8427 en provenance de Genève de Jeanne Sialelli. À côté de toutes ces histoires, les pires scènes des Légendes du Manoir font figure d'une promenade de santé dans un jardin de roses.

Alors oui, on est parfois partagé entre plaisir et dégoût, entre excitation et horreur. Mais ce n'est pas une romance érotique ; on ne demande pas au lecteur de supposer que c'est réel ou que cela va lui arriver demain. La sécurité, la légalité et la vraisemblance n'ont pas plus de place entre ces pages que l'auteur ne veut bien leur en donner. Et c'est pour cela que la pornographie a été si longtemps, en littérature, synonyme de liberté.

Commentaires

Chaque fois que je vois la littérature requalifiée, j'ai un sentiment de confusion, d'incommodité.

Certes, les nuances stylistiques demandent parfois de précision un style, un univers, un domaine, je n'en disconviendrais pas. Pourtant, à fréquenter le même Franck que toi, j'aurais tendance à laisse le plus grand dénominateur commun prendre le pas sur les nuanciers.
Qu'est-ce que la littérature érotique?
Une littérature qui trouble les sens, qui excite sexuellement.

Toi, moi, les autres avons tous des notions très différentes de ce qu'est "porno". Comme le disait avec une justesse infinie André Breton «La pornographie, c'est l'érotisme des autres».

Voilà qui est dit, bien dit et j'oserais croire, définitivement énoncé.

A quoi bon trouver plausible ou pas ? Le roman reste le roman, il à sa part de réel, puisée dans l'existence de chacun, ne serait-ce que dans le domaine de ses fantasmes. Tu n'aurais point couché sur le papier, ces choses sans avoir la faculté de les imaginer, pourquoi pas de les vivres. Pourtant, lorsque je te croise, je ne vois pas une femme qui à vécue/imaginé tout cela, je croise une femme qui sais mettre en mot une dynamique amoureuse, des troubles, c'est cette artisane des mots que je croise, pas celle qui aurait, ou non, la faculté d'ouvrir les cuisses, ou subir les plus honteuses punitions :)

J'aime ce que laissait envisager Jean-Jacques Pauvert, lorsqu'i parlait de littérature amoureuse, car en cela, il disait tout dans le domaine, puisque pour s'abandonner un peu, il faut que le cœur chavire. Certes, Bataille, Appolinaire, Nin, Dugas, Rëage et mil autres ont apporté des pierres très diverses à se monde, pour certains dans une jubilation cruelle, là ou d'autre affleuraient simplement la chair. Et alors ?

Pourquoi ce besoin de définir, alors que nous, lecteur, vibrons et sommes dans le trouble ?

Qu'est-ce donc qui fera que toi, Emma Cavalier tu puisses dire que c'est de romance érotique qu'il est question, alors que tu peux répugner une personne, tout comme faire se damner une autre ? N'est-il pas l'essence même de tes mots, que le désir assumé, de vouloir porter le trouble du lecteur au comble de ce qui t'a ému?

Si demain on me demandait de parler de toi, je commencerais sans aucun doute par dire que tu es de ces femmes amoureuses, capable de tout, d’abord du meilleur.

Écrit par : Maxence Lascombe | 31/05/2015

Mais justement, Maxence : ces lecteurs/trices veulent qu'on étiquette les livres, qu'on leur indique en gros et en rouge "attention, ce livre contient des scènes qui peuvent choquer".

Quand Franck publie La Muse de Sara Agnès L., il l'étiquette "new romance" : c'est une façon de dire "c'est bon, vous pouvez y aller, vous pouvez le mettre dans votre caddie chez Cultura". Pour les Légendes du Manoir, elles doivent se débrouiller avec la 4e de couverture, et le contrat de lecture implicite qui dit que si c'est du Blanche de chez Franck Spengler, ça va sûrement être chaud et trash (encore faut-il le savoir). Mais comme j'ai écrit des choses quand même beaucoup plus soft auparavant, cela crée de la confusion.

Je voulais juste dire que pour moi, les Légendes du Manoir ne peuvent pas se qualifier comme de la romance érotique. J'apprécie la critique de "Songe d'une nuit d'été" car elle dit qu'elle n'aime pas, que c'est trop pour elle, sans démolir le roman pour autant. J'ai trouvé cette réaction compréhensible et je m'étonne même de ne pas en avoir eu davantage du même genre (ça viendra sûrement). Je pense simplement qu'elle révèle un malentendu car cette lectrice s'attendait à une chose alors que j'en proposais une autre complètement différente.

C'est un peu comme quand tu vas chez Starbucks et que tu commandes un café latte et à la place on te sert un chocolat chaud. Même si tu aimes assez le chocolat chaud et que tu en aurais volontiers bu un à un autre moment, la première gorgée te surprend et te donne envie d'arracher les yeux du serveur (au prix où est leur p*$% de café). Il y a les clients qui vont le balancer à la poubelle, leur chocolat, et d'autres qui vont quand même le boire en dépassant leur déconvenue initiale - et peut-être même trouver ça bon.

(PS : ça m'est arrivé une seule fois chez Starbucks et j'ai gentiment bu mon chocolat... Mais bon, je m'en souviens encore !)

Écrit par : Emma | 31/05/2015

Sauf, ma douce amie, que le "new romance" ou "romance érotique" est abstrait a peu près tout le monde, et que celles et ceux qui pigent ce que cela revêt, savent très bien ce qu'ils vont choisirs. J'aurais tendance à aimer un choix iconographique, un peu comme les sauces pimentées, avec un nombre de piments ;) Pas avec ces dénominations ésotériques.

Je ne suis pas du tout opposé à avoir des repères de conseils aux lecteurs, bien au contraire :) il faut simplement que ceux-ci soient intelligible des novices, sinon ils n'ont aucune raison d'être, l'érudit sait très bien quel choix il fait :)

Et je t'aime quand même :)

Écrit par : Maxence Lascombe | 03/06/2015

La muse comme Annabelle, c'est de la romance épicée et culpabilisante car le maitre est forcément un homme cruel et pervers et la fille une victime. Quand à l'autre fille, c'est une garce, forcément. Je déteste ce genre de livres qui rendent le sexe coupable.
Mais je me reconnais dans ce que tu dis : je suis étiquetée depuis le premier tome d'Electrastar, comme auteure M/M. Hors, je ne me sens pas du tout auteure M/M car mon roman n'a rien à voir avec de la romance classique : soyons claires : entre moi et HV Gabriel, il y a autant de rapports qu'entre le Manoir et Annabelle. Et je ne parle évidemment pas de 50 nuances de grey…La vérité est à mon sens autre : les lectrices de romances érotiques ont encore dans la tête l'homme unique qui les comblera de bonheur dans le respect et la monogamie. Pour moi, le vrai danger est là.

Écrit par : marlène jones | 21/09/2015

La muse comme Annabelle, c'est de la romance épicée et culpabilisante car le maitre est forcément un homme cruel et pervers et la fille une victime. Quand à l'autre fille, c'est une garce, forcément. Je déteste ce genre de livres qui rendent le sexe coupable.
Mais je me reconnais dans ce que tu dis : je suis étiquetée depuis le premier tome d'Electrastar, comme auteure M/M. Hors, je ne me sens pas du tout auteure M/M car mon roman n'a rien à voir avec de la romance classique : soyons claires : entre moi et HV Gabriel, il y a autant de rapports qu'entre le Manoir et Annabelle. Et je ne parle évidemment pas de 50 nuances de grey…La vérité est à mon sens autre : les lectrices de romances érotiques ont encore dans la tête l'homme unique qui les comblera de bonheur dans le respect et la monogamie. Pour moi, le vrai danger est là.

Écrit par : marlène jones | 21/09/2015

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