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08/01/2013

Dernière de cordée

Les disciplines à corde (bondage, shibari) ne font pas vraiment partie de mes fantasmes. Elles appartiennent à mes yeux à une esthétique du grotesque déformant les corps, et sans doute pour cette raison, ne m'inspirent à l'origine qu'une vague curiosité liée à leur omniprésence dans l'univers du BDSM.

Dans Le Manoir, au-delà de ce qui est nécessaire pour empêcher ces demoiselles (ou ces damoiseaux) de se dérober, il n'y a donc qu'une seule scène de ce genre, rapidement esquissée d'après ce que j'avais pu lire ou voir en photo de cette pratique :

"(...) nous débouchions dans une salle voûtée, tout en longueur et faiblement éclairée. On y trouvait quelques tables, un comptoir plus petit que celui de la pièce du haut, et une espèce d'estrade appuyée contre le mur de pierre. Sur celle-ci, un couple était en train de se prêter à un exercice délicat de bondage : la femme était installée dans une position improbable, les jambes écartées et levées, les mains attachées entre les jambes ; l'homme tourbillonnait autour d'elle, dessinant sur son corps des formes géographiques élégantes avec une corde blanche et lisse, toute en contraste sur sa peau bronzée. Je ne suis pas une adepte de ce genre de pratique, mais je dois reconnaître que c'était joli. Un petit nombre de spectateurs épars observait la scène avec des hochements de tête et des murmures d'approbation."

Si je devais réécrire cette scène aujourd'hui, je ne pense pas que je placerais dans la bouche de Pauline le qualificatif "joli". J'ai eu la chance, lors du deuxième festival du livre érotique à Evian, d'assister à la prestation d'Antoine Savalski, avec Marla pour complice. Je me suis sentie aussi hypnotisée et fascinée que sensible à l'esthétique de la chose. Répétant l'expérience récemment lors d'une "Soirée de l'étrange" à la Cantada, c'est cette fois Docvale et Tyka que j'ai eu l'occasion d'admirer, avec la même émotion.

Contre toute attente, ce qu'on pourrait imaginer être une pratique de l'immobilisation et de la contrainte se révèle, quand on y assiste "en vrai", être plutôt un art du mouvement et de la virtuosité.  Pour qui ne les a jamais vues en train de se construire, les compositions complexes qui en résultent perdent une partie de leur âme.

Par ailleurs, il y a quelque chose dans cette discipline qui relève de la performance sportive ; il suffit de voir l'agilité, la concentration que cela demande, la sueur qui perle sur les visages. On devine la force physique nécessaire pour accomplir ces prouesses (ou les endurer). En cela, je le rattache volontiers à l'un des leitmotivs du SM qui est le dépassement de soi sur le plan physique autant que psychologique, conduisant de fait souvent à un rapprochement avec le sport (d'ailleurs à mes yeux les sportifs sont de grands masochistes ; ou en tout cas, ils ont un contrat avec la douleur tout à fait passionnant).

On dit qu'un artiste est quelqu'un qui est capable de réaliser un tour de force tout en donnant aux spectateurs une parfaite illusion de naturel et d'apparente facilité. C'est vrai pour la danse, c'est vrai pour l'écriture, et c'est vrai aussi pour le shibari ce qui tendrait à me faire le considérer comme un art.

Il reste quand même une question vitale : quelle place pour l'érotisme là-dedans ? En ce qui me concerne, je ne suis pas sûre de la réponse... peut-être trop de distanciation et de technicité pour atteindre le niveau d'abandon nécessaire à mon goût.