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14/07/2011

Paris

"Ce n'est pas un accident qui pousse des gens comme nous à Paris (...) De soi-même, Paris ne fait pas naître les drames. Ils commencent ailleurs. Paris n'est qu'un instrument d'obstétrique qui arrache l'embryon vivant à la matrice et le dépose dans l'incubateur. Paris est le berceau des naissances artificielles."

 

Henry Miller, Tropique du Cancer, 1934.

05/07/2011

Introspection

En lisant l'excellente série de J. Heska sur les coulisses sulfureuses de l'édition, je ne peux m'empêcher de me confronter par anticipation aux questions qui se posent, se poseront, inévitablement, sur mon roman. Mon premier roman, qui se trouve être un livre érotique, pornographique peut-être (allez chercher la frontière entre les deux), et qui se déroule dans le milieu SM. Ces questions je me les suis posées, on me les a posées, on me les posera encore...

Pourquoi un livre érotique ?

C'est bien sûr la première question : face à l'immensité des possibles, des histoires qui peuvent être racontées, pourquoi avoir choisi ce genre "mineur" ? Je pourrais prétendre que c'est parce que ça se vend mieux, ou parce que j'avais plus de chances d'être éditée, ou encore que je l'ai écrit par amour, façon Dominique Aury, et tout cela serait vrai. Mais au fond, ce n'est pas moi qui ai choisi l'histoire, c'est elle qui m'a choisie. Le pouvoir qu'on croit avoir sur ce qu'on écrit n'est qu'illusion ; c'est le texte qui fait l'auteur, et pas l'inverse. J'ai vu maintes fois sous ma plume, la création se révolter contre le carcan que j'essayais de lui imposer, provoquant d'interminables blocages : ce n'était qu'en me soumettant à ses caprices que je pouvais reprendre le contrôle.

Faut-il être adepte du sadomasochisme pour lire le Manoir ?

Pas du tout. C'est avant tout une histoire d'amour, et de dépassement de soi. Le SM est présent dans le roman, mais simplement en tant que ressort pour exprimer la complexité du sentiment amoureux, quelque chose qui s'impose à soi, parfois jusqu'au déchirement de sa propre personnalité, et qu'on combat sans savoir si c'est pour s'en débarrasser ou pour s'y enfoncer toujours plus profondément, pour s'y complaire. C'est l'histoire d'une femme qui se trouve confrontée aux règles d'un univers qui n'est pas le sien, et qui doit choisir de les suivre si elle veut vivre avec l'homme qu'elle aime. Bref c'est une histoire on ne peut plus banale, qu'on ne fait que raconter encore et encore depuis le XVIIe siècle au moins...

S'agit-il d'un roman autobiograhique ?

Le roman parle d'une femme, et est écrit par une femme. Est-ce suffisant pour qu'on se pose la question de la part autobiographique du texte ? Je trouve au fond que cette question n'a que peu d'intérêt. S'il ne l'est pas, cela me flatte qu'on puisse le trouver assez réaliste pour penser qu'il l'est. S'il l'est, je me félicite qu'il soit assez romancé pour qu'on puisse soupçonner qu'il ne l'est pas. Et puis, comme me l'a dit un jour un lecteur avisé, on ne demande pas à un auteur de romans policiers s'il assassine plutôt en matinée ou en soirée...