06.01.2012
Vampires et badines
"Cinq nuits durant, il essuya mes rebuffades. Puis, alors que je somnolais sur son lit, après minuit (...), je sursautai en sentant sa badine me cingler l'arrière des jambes.
- Réveille-toi, mon enfant, ordonna-t-il.
Je me retournai, stupéfait. Il se tenait près de moi, la fine baguette à la main, les bras croisés, vêtu d'une longue tunique de velours pourpre à ceinture. Ses cheveux étaient attachés à la base de sa nuque.
Je me rallongeai, persuadé qu'il exagérait et qu'il s'en irait. La badine s'abattit derechef, suivie d'une volée de coups.
Je les sentis comme jamais je n'avais rien senti en tant que mortel. J'étais plus fort, plus résistant, mais une fraction de seconde durant, les chocs franchirent ma garde surnaturelle, m'infligeant chacun à leur tour une minuscule explosion d'exquise douleur.
Furieux, je voulus sauter du lit. Sans doute eussé-je frappé Marius, tant ma colère était grande d'être ainsi traité, mais il me posa un genou sur le dos pour me battre encore et encore jusqu'à ce que je me misse à crier.
Alors il se leva en me tirant par le col. Je tremblais de rage et d'égarement.
- Tu veux que je continue ? demanda-t-il.
- Je ne sais pas, répondis-je, repoussant son bras. (Il me laissa faire avec un petit sourire.) Peut-être !"
Anne Rice, Armand le vampire, 1998
Trad. Michèle Charrier, 2001.
Dans ses Chroniques des vampires, Anne Rice nous régale d'un plaisir rare et délectable : celui de découvrir la même histoire, du point de vue opposé des deux principaux protagonistes : les vampires Marius et Armand. Vampire, chacun d'eux raconte en se projetant à travers des siècles de mémoire comment il a séduit, ou a été séduit, par l'autre, mais chacun à sa manière, avec ses propres souvenirs, et ses petites malhonnêtetés.
Dans De sang et d'or (2001), le récit que fait le Maître, Marius, des années où il éduque son jeune apprenti Armand, le présente comme un personnage magnifique et prodigue. On ne peut que l'aimer, oui, le maître est parfait, alors que son élève ne cache pas vraiment son côté obscur, rebelle parfois jusqu'à la stupidité, et légèrement inquiétant.
Pourtant Marius est montré ici sous un tout autre jour, et on découvre le plaisir pervers qu'il prend à corriger son enfant, son amant, celui qu'il désigne lui-même avec une certaine candeur, dans l'autre livre, comme sa propriété. Plaisir manifestement partagé par le receveur, qui ne se rebelle que pour mieux savourer "l'exquise douleur" qui le fera finalement plier.
La relation entre ces deux personnages est des plus troublantes ; amour, domination, inceste, perversion... Et tout est pourtant amené avec beaucoup de délicatesse et de subtilité. Il ne faut pas oublier qu'Anne Rice a aussi écrit les Infortunes de la Belle au Bois Dormant...
J'aime particulièrement l'idée que les récits de Marius et Armand ne se recoupent pas tout à fait. Chacun se confesse en s'efforçant de se montrer sous son meilleur jour. Ce qu'ils choisissent de dire ou de taire reflète l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes, ou leur souhait de justifier leurs agissements à l'égard de l'être aimé et redouté tout à la fois. Délicieuse ambigüité de personnages qui ont eu suffisamment d'années et de pages pour s'épanouir, jusqu'à sembler dotés d'une vie propre.
22:27 Publié dans Sources et inspirations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.12.2011
Nouvelles
Ecrire une nouvelle est un exercice difficile. Ce n'est pas juste un roman en plus court ; on n'a que peu de lignes pour poser les personnages, façonner l'intrigue, attraper le lecteur ; la chute doit être percutante et bien amenée. Consciente de la gageure, je ne me lance dans ce genre d'exercice qu'avec une extrême circonspection, et je ne le considère pas comme un domaine où je suis à l'aise.
Aussi, je me suis trouvée fort dépourvue quand mon éditeur, qui aime apparemment à voir les plumes de toutes ses auteures réunies dans son traditionnel recueil annuel de la Saint Valentin, m'a relancée pour celui de l'an prochain, qui s'intitulera Secrets de femmes.

Heureusement, j'avais en stock un court texte, titré "Les petits papiers", que je destinais à l'origine à mon recueil "libre"** et encore inachevé, De chair et d'encre. Par chance, la nouvelle collait exactement avec le thème proposé...
De chair et d'encre n'est pas un recueil érotique, mais une série de courtes nouvelles sur le thème du rapport entre l'écrit et l'humain. Il devait compter trois nouvelles : Plaisir à vendre, pour laquelle j'éprouve un attachement tout particulier, Lib/vre qui a donné son nom à mon blog, et ces fameux Petits papiers.
Au final ces derniers seront donc publiés... sur papier ! Il faudra attendre février prochain, mais en attendant, vous pouvez toujours découvrir les deux autres sur In Libro Veritas.
Bien sûr j'écrirai comme promis une troisième nouvelle pour ce recueil, le jour où l'inspiration me viendra sur le sujet, ce qui ne manquera pas d'arriver ; mais on ne viole pas sa muse...
**Le recueil De chair et d'encre est sous licence libre ; ces textes peuvent être redistribués à des fins non commerciales, sans modification et en citant l'auteur.
11:00 Publié dans Egographies | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
23.11.2011
Un prix pour le Manoir
Ce week-end, j'étais au Salon du livre érotique et des dessous chics à Evian, où j'ai eu la joie de dédicacer quelques exemplaires du Manoir, et surtout de recevoir le prix du meilleur premier roman érotique ! Le prix est une charmante statuette réalisée par that's all arts.

J'ai eu la chance de passer à peu près tout le week-end assise entre Anne Bert et Franck Spengler, on peut difficilement imaginer meilleure compagnie. J'ai aussi croisé quelques connaissances virtuelles, dont Chocolat cannelle et Isa Lorédan.
Nous avons été plus que très bien accueillis par David Racana, concepteur de cet événement, qui a réussi à donner une image classe et intelligente de l'érotisme à laquelle d'adhère totalement.

Personnellement je n'ai pas passé beaucoup de temps à flâner au milieu des photos, dessins, vêtements et bouquins qui étaient exposés en quantité mais surtout en qualité, et je n'ai écouté que d'une oreille les débats que David animait avec brio sur une scène remarquablement agencée.
Je regrette surtout d'avoir dû partir un peu vite, il faudra remettre ça l'année prochaine !
22:33 Publié dans A propos du Manoir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.11.2011
Des fois, ça marche
Ras le bol de lire les lamentations de peut-être futurs auteurs auto-proclamés comme celle-ci, qui au vu de la manière dont elle écorche la langue française dans un article de 3000 signes, ferait bien de se poser des questions sur la qualité de son premier roman de 300 pages.
Ça me donne envie de le raconter : oui, des fois, ça marche.
J'ai travaillé pendant plus de trois ans sur le Manoir. Puis je l'ai envoyé à deux éditeurs. Pas cinquante, deux. J'ai juste bien ciblé en fonction de mon sujet. Je n'ai pas écrit une longue lettre pour vanter les qualités de mon texte. Juste une page, pour dire qui je suis. Je n'avais aucun réseau, aucune connaissance de laquelle me réclamer, aucune publication à mon actif. Juste ce texte.
Le premier éditeur, je n'y croyais pas. D'ailleurs, quelques mois plus tard, j'ai reçu une jolie lettre m'informant que mon manuscrit ne correspondait pas aux critères de leurs publications. Dont acte.
Le second, j'avais plus d'espoirs, mais il ne m'a pas répondu tout de suite. Il a bien réfléchi. Publier un premier roman comme celui-là, un sujet pareil, c'était risqué.
Un jour il me téléphone, me dit que mon texte est bon, qu'il veut le publier. Aucun lézard. Aucune fausse promesse. Un contrat d'édition qui tient la route, avec des conditions tout à fait honnêtes pour un premier roman. Et surtout, aucun copinage.
Donc oui, les éditeurs sérieux qui lisent les manuscrits qu'on leur envoie, ça existe. Les romans qui sont publiés juste parce qu'ils sont bons, ça existe aussi. Donc, chers jeunes auteurs, arrêtez de vous lamenter et faites la seule chose qu'il y a à faire. Travaillez. Ecrivez. Ré-écrivez. Re-travaillez. Il n'y a pas d'autre recette.
11:06 Publié dans A propos du Manoir, Egographies | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
28.10.2011
Ils en parlent aussi...
"Ce roman érotique est incontestablement le meilleur du genre de la rentrée littéraire 2011, voire de l'année. C'est un roman SM d'une telle originalité qu'il sera facilement lu et apprécié par les moins adeptes de cette classification."
"[Le Manoir] frappe (...) par sa modestie et sa sincérité, son écriture au plus près du sentiment amoureux d’une femme dont le masochisme n’est pas synonyme de perte d’estime de soi, n’équivaut pas à un chemin vers la destruction, mais à une forme de sensualité et peut-être aussi, d’exploration et de dépassement."
"Le personnage de Pauline nous fait partager ses émotions et sentiments ; doute, angoisse, addiction, insubordination, goût du jeu et aussi les sensations qu'elle peut ressentir lors des séances (...) L'auteur a mis du soin à entrer dans la psychologie des personnages notamment Pauline et Julien ce qui efface toute superficialité dans le récit."
09:53 Publié dans A propos du Manoir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


